mardi 3 mars 2009

Pour Lille 3000, la Turquie fait (presque) partie de l'Europe

Ce portrait d'une femme voilée d'un drapeau européen a été réalisé par l'artiste Burak Delier en 2005 (Lille 3000)

La Turquie est-elle européenne? La question est de nouveau posée à l’occasion de l’événement “Europe XXL”, organisé par Lille à partir du 14 mars. Et les frontières sont larges puisque Istanbul est intégrée à la liste des villes à l’honneur. A l’origine du projet, la structure Lille 3000, qui prolonge les manifestations de Lille 2004, lorsque la métropole du Nord était capitale européenne de la culture. Plus de 500 manifestations sont au programme pendant quatre mois.

Une décision culturelle mais surtout symbolique alors que la Turquie cherche à intégrer l’Union européenne depuis plus de quarante ans. Emmanuel Vinchon, conseiller artistique de l’événement, revient sur un choix pas totalement assumé.

Pourquoi avez-vous choisi d’intégrer seulement Istanbul à l’Europe et non la Turquie dans son ensemble?
Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parler de la Turquie nous aurait demandé plusieurs mois dans la mesure où il s’agit d’un énorme territoire. Par ailleurs, la question de savoir si la Turquie est en Europe ne se pose pas si l’on s’intéresse uniquement à Istanbul. Il s’agit d’une ville cosmopolite qui se trouve à cheval entre l’Europe et l’Asie. Nous ne voulions pas créer des blocages au sein du public, avec des gens qui pourraient se dire que nous parlons de l’Europe avec un pays qui n’en fait pas partie.

C’est donc la peur de la polémique qui vous a fait éluder la question de l’intégration de la Turquie dans l’Europe…
Non, plutôt une crainte que le public se bloque, avec tous les clichés que l’on peut véhiculer sur des pays que l’on méconnaît ou sur lesquels on a des avis un peu trop figés. Notre propos n’est pas d’indiquer ce qu’il faut penser mais d’ouvrir des portes, d’imaginer des balades dans certaines villes qui nous paraissent importantes, avec les regards différents que nous apportent les artistes, comme Hasan Yarimdünia ou encore Burhan Öçäl [Des artistes qu'on retrouve notamment lors de la manifestation Midi-Midi du 3 au 5 juillet ainsi qu’au Palais des Beaux-Arts, ndlr].

Pourquoi avoir adopté une définition si large de l’Europe?
Nous voulions parler de cette Europe apparue depuis la chute du mur de Berlin, mais que nous connaissons finalement peu. Il s’agissait de parler d’une Europe plus géographique que la simple Union européenne. Des pays d’Europe centrale, d’Europe orientale, des pays qui sont dans l’Union européenne, des pays qui n’y sont pas ou d’autres qui aimeraient y être, le tout dans une géographie qui reste un peu à définir.

Quelle est la vision de l’Europe de ces artistes?
C’est une vision à la fois exotique et très commune. Celle d’une Europe qui crée des visas, là où on pensait qu’ils avaient disparu, qui crée des frontières, alors qu’on les croit mobiles ou invisibles, qui crée des frictions là où on pensait que tout le monde n’avait qu’une envie, entrer dans l’Union européenne. C’est ces différents regards que nous voulons juxtaposer.

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