mercredi 4 mars 2009

Le gel des loyers réclamé par la CLCV, une “fausse bonne idée” ?

Un appartement à louer (thesmokingquestion/flickr)

En dix ans, les loyers ont augmenté en moyenne de plus de 40%. Pour atténuer les effets de la crise sur les locataires, l'association Consommation, logements et cadre de vie (CLCV) réclame un gel des loyers, autrement dit un blocage du loyer entre la signature du bail et la rupture du contrat.

La proposition a été catégoriquement écartée par Christine Boutin. Dans un entretien accordé au journal Libération le 3 mars, la ministre du Logement déclare:
“Le gel des loyers fait partie de ces fausses bonnes idées qui se révèlent très dommageables à moyen et long terme.
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Bloquer les loyers pourrait inciter les propriétaires soit à ne plus louer leur bien, soit à ne plus entretenir leur logement, soit à ne plus investir dans la pierre pour louer. Donc à terme, cela fait moins de logements mis sur le marché.

En outre, quand on bloque pendant un certain temps, la sortie du contrôle se traduit toujours par une flambée des prix. Le gel, c'est une tarte à la crème quand on n'a pas d'idées.”


Une réponse insatisfaisante pour la CLCV, qui maintient sa demande, met en avant “dix années de hausse ininterrompue des loyers” et affirme:
“Le gel exceptionnel des loyers en 2009 serait un message politique fort adressé aux 4,5 millions de ménages modestes vivant en HLM et permettrait de répondre à une situation de crise elle aussi exceptionnelle.”
Selon l'indice Clameur, qui mesure l'évolution annuelle des prix des locations, entre 1998 et 2008, les loyers ont augmenté de plus de 43% (moyenne nationale). La progression a ralenti en 2008 (+1,5%), et les premiers mois de 2009 font apparaître une tendance à la stabilisation (+0,2%).

Sur le marché de la relocation, toujours d'après l'indice, les hausses annuelles sont bien plus élevées. Les loyers des logements remis sur le marché ont ainsi subi une augmentation de 8,4% cette année.

Geler les loyers : pas la “bonne solution”

Du côté des économistes, nombreux sont ceux qui considèrent que les risques liés au gel des loyers sont bien réels. Etienne Wasmer, professeur d'économie à Sciences Po Paris, spécialiste de l'économie du travail, les détaille.

Bloquer les loyers n'encourage pas les propriétaires à mettre des logements sur le marché
“Le gel des loyers n'est jamais une bonne solution, ça ne va absolument pas résoudre le problème du logement. Si les loyers sont élevés, ça peut inciter les propriétaires à louer ou aménager des logements. A l'inverse, essayer de casser la dynamique en bloquant les loyers, historiquement, ça n'a jamais marché.”

Comme les locataires savent que leur loyer, fixe, est bien en-dessous de celui des nouveaux baux, ils se sédentarisent davantage
“Quand les loyers sont bloqués, personne ne veut déménager. Ce n'est pas du tout une source de dynamisme.”

Les logements seront moins bien entretenus
“Les propriétaires n'ont aucun intérêt à investir ni à rénover, puisqu'ils n'ont qu'une envie, c'est que leurs locataires partent, pour pouvoir louer à de nouveaux locataires.”

Une fois la mesure mise en place, il sera très difficile de la supprimer
“Le jour où on voudra l'enlever parce qu'on se sera rendu compte que ça ne marche pas, 90% des locataires seront contre.”

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